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Culture chrétienne

L'AUMÔNERIE MILITAIRE

13 Décembre 2025, 17:41pm

A l’occasion du vingtième anniversaire de l’Organisation des nations unies (O.N.U.) son secrétaire général, U. Thant, avait invité le Pape Paul VI à venir s’exprimer devant les représentants de toutes les nations membres de l’O.N.U.; le 4 octobre 1965, le Souverain Pontife avait prononcé ces paroles:

« Il suffit de rappeler que le sang de millions d’hommes, que les souffrances inouïes et innombrables, que d’inutiles ruines sanctionnent le pacte qui vous unit en un serment qui doit changer l’histoire future du monde : jamais plus la guerre, jamais plus la guerre . C’est la paix, lapaix qui doit guider le destin des peuples et de toute l’humanité! »

Les hommes de bonne volonté, qui aspirent à vivre dans un monde de concorde, de justice et de fraternité ne peuvent que souscrire à ces propos de sagesse. Cependant, l’histoire postérieure au discours du Pape montre que de nombreux pays ont recouru à la force et qu’au début du troisième millénaire bombardements, guérillas, génocides, déportations et exodes de populations, mutilations et morts demeurent dramatiquement actuels.

A l’occasion de conflits récents, la France n’a pas ménagé ses efforts, en fournissant à l’O.N.U. ou à l’OTAN des détachements de soldats destinés à contribuer au rétablissement de la paix et à la lutte contre le terrorisme, le rôle défensif traditionnel de l’armée française s’est enrichi du souci d’œuvrer, avec d’autres armées nationales, à l’arrêt des combats dans les pays qui en sont victimes, dans le but d’y restaurer des conditions normales d’existence pour les populations éprouvées; ces missions confiées à une armée strictement neutre vis-à-vis d’un régime politique issu de la volonté populaire, sont le gage d’une institution militaire de qualité; cette institution ne saurait pourtant être idéalisée. En effet, si l’instrument de défense que possède actuellement la France correspond à ce critère de valeur, il ne l’a pas toujours historiquement été. Ainsi, par exemple, la IVème République génèrera une situation en Algérie qui aboutira, d’abord à une politisation d’une partie de l’armée puis à sa subversion: persuadée de détenir la vérité, elle se laissera aller à des abus dont la phase finale sera l’Organisation de l’armée secrète (O.A.S.) et le putsch d’Alger; certes, de telles déviations peuvent se produire en l’espèce mais la vigilance et la fermeté des responsables politiques peuvent les éviter; en outre, le bilan des armées des pays démocratiques depuis la première guerre mondiale est suffisamment positif pour que leur soit désormais accordée confiance.

D’ailleurs, sans l’armée, qu’aurait été la France, dont le général de Gaulle écrit qu’elle « fut faite à coups d’épée »? De l’Ost à la professionnalisation de l’ensemble des forces de défense annoncée le 28 mai 1996 par le président de la République Jacques Chirac , c’est la même réalité qui a contribué à construire la nation française; cette réalité est aujourd’hui un vaste ensemble de moyens humains et matériels destinés à assurer les missions dont il a été précédemment question; ces dernières nécessitent d’une part une grande faculté d’adaptation mais également une soumission sans faille des personnels à la hiérarchie et, d’autre part, une diversification sans égale : non seulement des armes, aux mille spécialités, mais aussi des services où se retrouvent pêle-mêle aumôniers et cuisiniers, magistrats et armuriers, ingénieurs et transmetteurs, médecins, mécaniciens, maîtres tailleurs et maîtres-chiens; ces métiers ne sont pas un luxe que s’offre l’armée mais un besoin car, pour intervenir rapidement et efficacement, en des lieux parfois hostiles, elle doit avoir une grande autonomie d’action et pouvoir disposer immédiatement de la maintenance et de l’intendance utiles à la réussite de ses opérations.

Les aumôniers sont l’une des fonctions dont ont besoin les forces armées; d’aucuns pourraient effectivement penser que celles-ci ne devraient pas s’encombrer de tels personnels apparemment superflus; à cela il est possible d’objecter que l’histoire, confirme leur présence auprès des soldats depuis les premiers siècles de notre ère et que les militaires doivent être en mesure de pratiquer leur religion malgré les contraintes souvent importantes de leur métier, dans le cadre même de celui-ci; de plus, ils choisissent de se mettre au service de leur pays en dépassant leurs intérêts personnels; ils doivent se préparer à vivre des situations exceptionnelles, en particulier lorsqu’ils sont confrontés à la détresse extrême et à la mort; cette spécificité est la principale raison d’être de l’aumônerie militaire.

Du reste celle-ci, protégée par la Constitution de la Vème République qui affirme que la France « respecte toutes les croyances » , est fondée sur des textes législatifs et réglementaires de la République qui permettent aux cultes catholique, protestant, juif et musulman d’être intégrés dans les armées; les autres cultes sont traités comme l’Eglise catholique, même s’ils ont moins d’aumôniers à cause du moins grand nombre de fidèles se réclamant de leur communauté; si l’on en croit un document transmis par l’aumônerie israélite des armées, les aumôniers de ce culte apparaissent officiellement en 1874(1) avec, semble-t-il, les aumôniers protestants. De fait, la Loi sur l’organisation du service religieux dans l’armée de terre du 20 mai 1874 dispose en son article 6: « Une commission mixte, nommée par les synodes de l’Eglise réformée et de l’Eglise de la confession d’Augsbourg, sera chargée de présenter à la nomination du ministre et pour la durée de la guerre, le nombre d’aumôniers nécessaires pour assurer le service de leur culte. Le consistoire central israélite sera également chargé, en temps de guerre, de s’entendre avec le ministre de la guerre pour assurer le service religieux des militaires de ce culte »(2)

Les textes postérieurs sont communs aux trois, puis aux quatre confessions  qui relèvent actuellement, pour leur gestion administrative, de la direction centrale du service de santé des armées; chaque aumônerie n’en est pas moins indépendante pour ce qui est de ses activités pastorales mais il n’est pas rare qu’elles collaborent au plan local pour permettre à chacun de vivre au mieux sa foi.

sont implantés dans les forces armées françaises mais théoriquement I’Etat accorderait, au culte qui en ferait la demande, au nom des principes nés en France de la loi du 9 décembre 1905 sur la séparation des Eglises et de l’Etat, des facilités proportionnelles au nombre de ses fidèles; d’ailleurs, la circulaire ministérielle du 23 septembre 1967 émanant du ministre de la fonction publique, de la réforme de l’Etat et de la décentralisation rappelle aux chefs de service qu’ils peuvent accorder aux agents qui désirent participer aux cérémonies célébrées à l’occasion des principales fêtes propres à leur confession, les autorisations d’absence nécessaires, dans la mesure toutefois où leur absence demeure compatible avec le fonctionnement normal du service. En ce qui concerne l’assistance spirituelle des militaires prise en charge par le culte catholique et, probablement aussi, par le culte protestant, elle correspond à un souci traditionnel de l’Eglise d’être présente aux côtés des militaires afin de les soutenir dans leur vie chrétienne, aussi bien en temps de guerre qu’en période de paix. Du reste, ce ministère a été facilité voire même encouragé par les autorités civiles et militaires dans la plupart des pays.

L’institution de l’aumônerie militaire a une longue histoire; elle remonte aux origines du christianisme; il est d’ailleurs vraisemblable qu’elle diffère d’un État à l’autre selon l’évolution propre à chacun; le souci commun des cultes et de l’Etat est d’organiser à la fois sur le plan cultuel et sur le plan civil en recherchant un consensus entre les lois propres à chaque culte et les lois françaises.

PS. L’aumônerie musulmane des armées a été créée par Madame Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, le 18 mars 2005.

 

 

 

 


 
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3ém dimanche de l'avent dit de Gaudete

13 Décembre 2025, 11:32am

3ém dimanche de l’Avent

La liturgie de ce dimanche de Gaudete nous invite résolument à la joie. L’antienne d’entrée donne le ton : « Soyez dans la joie du Seigneur, soyez toujours dans la joie, le Seigneur est proche » (cf. Ph 4, 4-5). Le motif de cette joie nous est clairement annoncé dans la première lecture.

Quand donc « verrons-nous sa gloire, pourrons-nous contempler la splendeur de notre Dieu » et nous en réjouir de tout notre cœur comme il nous y invite ? En posant cette question, nous rejoignons l’interrogation de Jean-Baptiste et de tant d’autres chercheurs de Dieu dont les pas ont croisé ceux de Jésus : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » Cette question ne trahit pas un doute, mais formule l’interrogation que nous sommes tous inévitablement amenés à nous poser devant Jésus de Nazareth. « Aucun homme en effet ne peut accomplir les signes qu’il a accomplis si Dieu n’est pas avec lui » (cf. Jn 3, 2) ; comme Nicodème, nous sommes conduits à reconnaître que « c’est de la part de Dieu qu’il est venu nous instruire » (Ibid.). Mais si comme il le prétend, il est « Fils de Dieu » (Jn 10, 36), comment se fait-il que sa divinité demeure cachée sous le voile de son humanité ? Pourquoi sa gloire ne se manifeste-t-elle pas sensiblement pour que nous puissions tous la constater ?

La réponse de Jésus aux émissaires du Précurseur nous oriente vers la réponse. Par trois fois Notre-Seigneur demande à ses interlocuteurs : «Qu’êtes-vous allés voir ? » C’est donc à une conversion du regard que nous sommes invités. Nous avons de la difficulté à entrer dans la joie à laquelle la Parole nous invite, parce que nous ne voyons pas encore l’accomplissement de ce qu’elle nous promet ; et nous ne le voyons pas parce que nous regardons mal : nous cherchons des signes d’une gloire toute terrestre, celle que l’on trouve « dans les palais des rois » ; alors que notre Dieu se révèle dans la pauvreté et l’humilité d’un Enfant, au sein d’une famille de condition modeste. Comme il est venu pour « guérir les cœurs brisés » (Ps 147, 3), il s’en fait d’emblée solidaire ; aussi est-ce parmi les « petits et les pauvres » (Is 41, 17), et au cœur de nos pauvretés intérieures qu’il faut le chercher : c’est pourquoi « je n’hésiterai pas à mettre mon orgueil dans mes faiblesse, nous dit Saint Paul, afin que la puissance du Christ habite en moi » (2 Co 12, 9). A tous ceux qui reconnaissent leur indigence, le Seigneur déclare : « Tu mettras ta joie dans le Seigneur, ta fierté dans le Dieu d’Israël. Moi le Seigneur je t’exaucerai ; moi le Dieu d’Israël je ne t’abandonnerai pas » (Is 41, 16-17).

Ainsi donc, si nous ne discernons pas la gloire du Seigneur dans notre monde et dans notre vie, c’est parce que nous ne sommes pas au lieu de rendez-vous qu’il nous donne. Nous demeurons aveugles aux interventions par lesquelles notre Dieu vient discrètement « consoler son peuple » (Is 40, 1), le peuple des « pauvres et des petits » dont « la langue est desséchée par la soif » (Is 41, 17) de la vraie vie : « Moi le Seigneur, je les exaucerai, moi le Dieu d’Israël, je ne les abandonnerai pas » (Ibid.).

En possession d’une telle promesse, « reprenons courage, ne craignons pas » (1ère lect.) ; Dieu est à l’œuvre en ce monde dans la discrétion de son amour conquérant. Pour que nous puissions « voir » « la revanche de notre Dieu » et entendre sa voix qui nous réconforte, demandons au Seigneur « d’ouvrir nos yeux d’aveugles et nos oreilles de sourds ; afin que notre bouche muette crie de joie » (1ère lect.) à la vue des signes du salut qui jalonnent notre vie quotidienne et celle de nos frères.

Le Royaume nous a été offert sous forme d’un germe de vie divine, enfoui dans notre cœur au jour du baptême. Jour après jour, tandis que nous cheminons encore à l’ombre de la mort, la grâce réalise secrètement en nous son œuvre de transfiguration. Ce n’est pas en un jour que la semence grandit, mûrit et donne son fruit : comme le cultivateur, il nous faut faire preuve d’« endurance et de patience » en attendant « les produits précieux » issus de « la semence impérissable » (1 P 1, 23) déposée en nous : « la parole vivante de Dieu qui demeure » (Ibid.). De longs mois sont nécessaires avant que le grain jeté en terre n’apparaisse dans l’herbe, puis dans l’épi. Avant cela, rien ne se voit, et pourtant la croissance est bien réelle, mais elle demeure cachée dans les entrailles de la terre.

Dans l’attente du jour de la manifestation du Seigneur dans nos vies, « soyons semblables à des enfants nouveau-nés : soyons avides de la Parole, comme d’un lait pur qui nous fera grandir pour arriver au salut » (I P 2, 2). « Préparons notre esprit pour l’action ; restons sobres ; mettons toute notre espérance dans la grâce que nous devons recevoir lorsque Jésus Christ se révélera. Soyons comme des enfants obéissants » (I P 1, 13-14) et « soyons fermes, car la venue du Seigneur est proche » (2nd lect.).

Le « plus petit dans le Royaume des cieux » dont parle Jésus, c’est lui « qui s’est abaissé en devenant obéissant jusqu’à mourir, et mourir sur une croix » (Ph 2, 8) ; mais aussi tout homme qui s’attache à lui par une foi vivante, aimante. C’est en effet par la foi et la foi seule que nous passons du temps de la prophétie à celui de l’accomplissement. Tout en demeurant en ce monde parmi les hommes, le croyant n’est plus de ce monde ; « né d’eau et d’Esprit », le « tout-petit » du Royaume dépasse les plus grands de ce monde parce qu’il est « devenu participant de la vie divine » (2 P 1, 4). Telle est notre joie, et nous en sommes comblés : « lui il faut qu’il grandisse ; et moi que je diminue » (Jn 3, 29-30), pour devenir « petit » comme lui, et aller demeurer avec lui dans son Royaume.

« Seigneur, dans le sein de la Vierge tu as pris chair de notre chair et tu t’es fait homme. Ce fut pour les bergers et les mages source d’une grande joie. Mais tu viens encore en ces jours par ton Esprit, pour naître au cœur de nos vies. Devant une telle condescendance et une telle miséricorde, quels ne devraient pas être notre émerveillement et notre reconnaissance ! Donne-nous de discerner et reconnaître dans la foi les signes de ta présence, pour que nous puissions t’accueillir toujours davantage, jusqu’à ce que ton Esprit remplisse notre vie “comme les eaux recouvrent le fond de la mer” (Is 11, 9). Nous “arriverons alors à Jérusalem dans une clameur de joie, un bonheur sans fin illuminera nos visages, allégresse et joie nous rejoindront, douleur et plainte s’enfuiront” (1ère lect.) ».

3ém dimanche de l'avent dit de Gaudete
3ém dimanche de l'avent dit de Gaudete

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IL Y A 120 ANS, LA LOI DE SEPARATION DES EGLISES ET DE L'ETAT ENTRAIT EN VIGUEUR

9 Décembre 2025, 17:00pm

 

Il y a un peu plus de 20 ans, pour le centenaire de la loi de 1905 portant séparation des Eglises et de l'état, le doyen de la faculté de droit canonique de Toulouse m'avait demandé un travail sur la laïcité du fait de ma double licence en droit civil et en droit canonique. Il me semble que cette intervention, 20 ans plus tard, n'a rien perdu de son actualité, c'est pourquoi je la republie.

Le mot de laïcité si utilisé aujourd’hui en France a un sens d’une grande plasticité. La laïcité est souvent invoquée pour justifier des combats ou des refus extrêmement divers. La Revue de Presse de la Conférence épiscopale française cite régulièrement des articles de quotidiens et d’hebdomadaires dans lesquels nous trouvons des prises de position en faveur d’une défense de la laïcité. Ce qui me frappe dans ces prises de parole, c’est le glissement qui s’opère depuis une dizaine d’années, au moins dans certains secteurs de l’opinion, d’une laïcité de l’Etat à une laïcité de la société. Je dis tout de suite ma propre position et ce sera le contenu de mon intervention : ce glissement me paraît indu. C’est l’Etat qui est laïc, ce n’est pas la société. Celle-ci est plurielle.

                I – LA LAÏCITE DE L’ETAT

1)            La laïcité selon la République

                Vous savez que nous ne trouvons pas de terme de laïcité dans la loi de Séparation des Eglises et de l’Etat de 1905. Mais nous trouvons l’adjectif laïc comme un qualificatif donné à la République française dans la Constitution de 1958. A l’article 2, il est dit : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. ». La laïcité de la République désigne la neutralité de l’Etat et son indépendance vis-à-vis des fois religieuses et des convictions philosophiques. Laïc, l’Etat n’est inféodé à aucune religion, ce qui ne veut pas dire qu’il n’a pas de relation avec elles. D’ailleurs, la République française connaît dans son fonctionnement plusieurs modes de relation : La Séparation selon la loi de 1905, le Concordat dans les trois départements d’Alsace-Moselle, le régime particulier de la Guyane française (avec l’ordonnance royale de 1828), les décrets Mandel de 1939 dont bénéficient la Polynésie française, la Nouvelle-Calédonie et Saint-Pierre-et-Miquelon, sans parler du cas tout à fait particulier de Mayotte. C’est malgré tout la Loi de séparation du 9 décembre 1905 qui donne sa coloration particulière à la laïcité en France, à ce que l’on a appelé « la laïcité à la française ».

                Cette loi relative à la séparation des Eglises et de l’Etat de 1905 est une loi beaucoup plus complexe qu’on ne croit, une loi qui a été plus d’une fois modifiée dans ses applications. Mais les deux premiers articles en donnent l’esprit et les principes:

ARTICLE PREMIER. - La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public.

ART. 2.- La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence, à partir du 1er janvier qui suivra la promulgation de la présente loi, seront supprimées des budgets de l'État, des départements et des communes, toutes dépenses relatives à l'exercice des cultes. Pourront toutefois être inscrites aux dits budgets les dépenses relatives à des services d'aumônerie et destinées à assurer le libre exercice des cultes dans les établissements publics tels que lycées, collèges, écoles, hospices, asiles et prisons.

Les établissements publics du culte sont supprimés, sous réserve des dispositions énoncées à l'article 3.

Ces articles viennent nous dire deux choses particulièrement importantes :

1)            L’Etat n’a plus de relation organique avec les cultes. Ceux-ci ne sont plus « reconnus » par la République, ils n’ont plus de statut officiel, ils ne sont pas des corporations de droit public (comme en Allemagne) mais de droit privé. L’État ne leur  accorde pas de droits particuliers et spécifiques. Il s’arrête de salarier les ministres des cultes. Il s’interdit de subventionner ces cultes, de quelque façon que ce soit. Séparé de ces cultes, l’Etat n’intervient plus dans leur fonctionnement interne, sauf, de façon très restrictive, pour faire respecter l’ordre public.

2)            L’Etat pourtant n’ignore pas les Cultes puisqu’il assure la liberté de conscience et garantit le libre exercice de ces cultes. Cela veut dire qu’il ne cantonne pas les religions  dans le seul domaine des convictions personnelles mais qu’il en reconnaît la dimension sociale. Le texte parle - vous l’avez remarqué - de « culte », c’est-à-dire d’un ensemble de pratiques et de croyances autour d’un édifice. C’est d’ailleurs pour assurer le libre exercice des cultes dans les établissements publics tels que lycées, collèges, hôpitaux ou prisons (on pourra ajouter aussi armée), qu’il institue des services d’aumônerie. On peut noter au passage que le terme d’ « assurer » est fort de conséquences juridiques. L’État doit donc permettre à chacun, sans exception aucune, de pratiquer et de vivre sa liberté de conscience, et dans la situation qui nous intéresse, sa liberté religieuse.  Laïcité de l’État ne veut donc pas dire refus ou ignorance des religions mais non-inféodation et distinction des domaines. La séparation n’interdit pas les relations mais les instaure sur d’autres bases.

Des relations devaient aussi s’instituer en 1907 quand il a été décidé que les édifices du culte, qui n’avaient pas pu être pris en charge par des Associations cultuelles refusées par l’Eglise catholique, seraient « laissés à la disposition des fidèles et des ministres du culte pour la pratique de leur religion », comme le stipule l’article 5 de la loi du 2 janvier. L’Eglise devenait affectataire des églises (construites avant 1905), propriétés des communes et également affectataire des cathédrales, propriétés de l’Etat. Ce patrimoine, dont l’affectation à l’Eglise est gratuite, exclusive et permanente, donne l’occasion de multiples relations entre les maires et l’Église pour la gestion des églises paroissiales et entre les services de l’Etat et les diocèses pour la gestion des cathédrales. Dans l’ensemble, les relations sont bonnes et on peut noter depuis un certain nombre d’années un investissement important de beaucoup de communes pour l’entretien des églises, au moins au titre de la sauvegarde du patrimoine.

Il faut noter que, depuis un siècle, la pratique administrative et la jurisprudence dans les affaires concernant cette situation de séparation entre l’État et les Églises ont la plupart du temps été favorables à l’exercice du culte. On a pu parler en ce domaine de séparation « aménagée ».

Parmi les relations qui sont nouées entre l’Etat et l’Eglise catholique, mentionnons :

1)            Le rétablissement des relations diplomatiques entre la France et le Saint-Siège en 1921.

2)            Le Modus Vivendi de 1921-1924 entre la France et le Saint-Siège, qui reconnaît que les statuts des Associations diocésaines n’étaient pas en contradiction avec l’ensemble de la législation française.

3)            La participation financière de l’Etat à l’Enseignement catholique par la Loi Debré du 31 décembre 1959, associant par contrat au service public de l’enseignement, les établissements privés qui le demandent et qui en acceptent les contraintes.

4)            La grande personnalité juridique donnée aux Associations diocésaines en matière de capacité de recevoir.

5)            La création de la CAMAVIC en 1978 concernant la protection des ministres du culte.

6)            La mise sur pied en 2002 d’une instance de dialogue entre le gouvernement de la République et les représentants de l’Eglise catholique en France (comportant le nonce apostolique, le président de la Conférence épiscopale, l’archevêque de Paris et les vice-présidents de la conférence). Prévue au point de départ pour être une instance qui traiterait des problèmes institutionnels liés à la situation juridique de l’Eglise catholique en France, cette surface de contacts a permis également des échanges de vue sur bien d’autres questions de société.          

La laïcité de l’État lui interdit d’intervenir dans le fonctionnement interne des cultes. Pourtant, cela n’empêche pas certaines relations de courtoisie ou de bonne entente entre l’État et tel ou tel culte. Depuis la loi de Séparation, par exemple, le choix des candidats à l’épiscopat ne concerne plus la République. Mais, depuis le rétablissement des relations diplomatiques en 1921, il est prévu par l’aide-mémoire du cardinal Gasparri de demander à l’État : « s’il y avait quelque chose à dire du point de vue politique contre les candidats aux évêchés ». Concernant l’Islam, les représentants de l’État sont allés plus loin dans une intervention touchant le fonctionnement d’un culte. Ils ont souhaité se donner des interlocuteurs qualifiés et ont aidé à la mise en place d’une structure religieuse nationale : le Conseil français du Culte Musulman.  Avouez que nous sommes assez loin ici d’une conception de la laïcité pensée en termes de séparation rigoureuse ! 

2)            La laïcité selon l’Église

Cette laïcité de l’État dont je viens d’énoncer les principes et de tracer les grandes lignes a été acceptée par l’Église catholique, après une longue évolution tout au long du 20e siècle. Elle a permis d’arriver à un certain équilibre des relations État – Église catholique. C’est pour cela que, lors de l’anniversaire du centenaire de la Loi de Séparation de 1905, l’Église catholique en France n’a pas demandé une révision de la Loi. Elle avait peur de remettre en question ce fragile équilibre auquel on était, de part et d’autre, arrivé.

Les principes de cette laïcité selon la République ont d’ailleurs été validés par le Concile Vatican II puis par les papes Jean-Paul II et Benoît XVI

Déjà, Pie XII avait parlé d’une « saine laïcité ». Il affirmait dans un discours, le 23 mars 1958 : « Il y a des gens, en Italie, qui s'agitent parce qu'ils craignent que le christianisme enlève à César ce qui est à César. Comme si donner à César ce qui lui appartient n'était pas un commandement de Jésus ; comme si la légitime et saine laïcité de l'État n'était pas un des principes de la doctrine catholique ; comme si ce n'était pas une tradition de l'Église, de s'efforcer continuellement à maintenir distincts, mais aussi toujours unis, selon les justes principes, les deux Pouvoirs ».

Mais c’est surtout avec le Concile Vatican II que cette  conception allait être développée. On lit dans la Constitution Pastorale Gaudium et Spes au n° 76, 3 :

« Sur le terrain qui leur est propre, la communauté politique et l’Église sont indépendantes l’une de l’autre et autonomes. Mais toutes deux, quoique à des titres divers, sont au service de la vocation personnelle et sociale des mêmes hommes. Elles exerceront d’autant plus efficacement ce service pour le bien de tous qu’elles rechercheront davantage entre elles une saine coopération, en tenant également compte des circonstances de temps et de lieu »

Le Concile souligne l’indépendance mutuelle de l’Église et de la communauté politique. Mais cette indépendance n’implique pas ignorance ou hostilité. Au contraire, elle appelle connaissance mutuelle et collaboration. De plus, cette indépendance  ne saurait cependant pas  soustraire l’État à l’autorité d’un ordre moral qui s’impose à lui et à celle de principes fondamentaux dont le respect  garantit son autorité. L’Église a toute légitimité pour intervenir si elle pense que cet ordre moral ou ces principes sont menacés.

Dans l’enseignement conciliaire, il faut aussi mentionner ce qu’affirme la déclaration sur La liberté religieuse : Dignitatis Humanae  à propos de la liberté de conscience. L’acte de foi est libre. Personne ne peut le contraindre ou l’interdire : « La réponse de foi donnée par l’homme à Dieu doit être volontaire ; en conséquence, personne ne doit être contraint à embrasser la foi malgré lui » (n° 10). Cela rejoint l’article 1 de la loi de Séparation.

En 2005, à l’occasion de l’anniversaire du centenaire de la Loi de Séparation, le pape Jean-Paul II écrivait une lettre aux évêques de France. Dans cette lettre, il affirmait : « Le principe de laïcité, auquel votre pays est très attaché, s’il est bien compris, appartient aussi à la doctrine sociale de l’Église. Il rappelle la nécessité d’une juste séparation des pouvoirs (cf. Compendium de la doctrine sociale de l’Église, n° 571-572), qui fait écho à l’invitation du Christ à ses disciples : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » (Lc 20, 25). Pour sa part, la non-confessionnalité de l’État, qui est une non-immixtion du pouvoir civil dans la vie de l’Église et des différentes religions, comme dans la sphère du spirituel, permet que toutes les composantes de la société travaillent ensemble au service de tous et de la communauté nationale. De même, comme le Concile œcuménique Vatican II l’a rappelé, l’Église n’a pas vocation pour gérer le temporel, car, « en raison de sa charge et de sa compétence, elle ne se confond d’aucune manière avec la communauté politique et n’est liée à aucun système politique » (Gaudium et spes, n° 76 § 2 : cf. n°42). Mais, dans le même temps il importe que tous travaillent dans l’intérêt général et pour le bien commun. C’est ainsi que s’exprime aussi le Concile : « La communauté politique et l’Église, quoiqu’à des titres divers, sont au service de la vocation personnelle et sociale des mêmes hommes. Elles exercent d’autant plus efficacement ce service pour le bien de tous qu’elles recherchent davantage entre elles une saine coopération » (ibid, n° 76, § 3). » (n° 3). Pour le pape, la laïcité est une laïcité de distinction des domaines et de coopération des acteurs pour le bien commun de tous.

                Dans sa dernière exhortation Ecclesia in Medio Oriente le pape Benoît XVI précise ce qu’il entend par laïcité, ce respect de la distinction de la sphère religieuse et de la sphère politique appelées à se connaître, à collaborer entre elles sans se mélanger : « La saine laïcité,  … signifie libérer la croyance du poids de la politique et enrichir la politique par les apports de la croyance, en maintenant la nécessaire distance, la claire distinction et l’indispensable collaboration entre les deux. Aucune société ne peut se développer sainement sans affirmer le respect réciproque entre politique et religion en évitant la tentation constante du mélange ou de l’opposition…. La prise de conscience de ce rapport approprié permet de comprendre qu’il existe une sorte d’unité-distinction qui doit caractériser le rapport entre le spirituel (religieux) et le temporel (politique), puisque tous deux sont appelés, même dans la nécessaire distinction, à coopérer harmonieusement pour le bien commun. Une telle laïcité saine garantit à la politique d’opérer sans instrumentaliser la religion, et à la religion de vivre librement sans s’alourdir du politique dicté par l’intérêt, et quelquefois peu conforme, voire même contraire, à la croyance. C’est pourquoi la saine laïcité (unité-distinction) est nécessaire, et même indispensable aux deux » (n° 29). 

                II – VERS UNE LAÏCITE DE LA SOCIETE ?

                Allons-nous vers une laïcisation de la société française ?

Cette conception républicaine de la laïcité, consciente de son autorité et du périmètre délimité de ses interventions, respectueuse des religions et la conception ecclésiale de cette même laïcité sont soumises aujourd’hui à des pressions diverses qui trouvent leur origine dans des courants très différents mais qui parfois peuvent se conjuguer et se renforcer mutuellement.

Ces courants, avec des approches diverses, contribuent tous à vouloir étendre la conception de la laïcité non plus seulement à l’État mais à l’ensemble de la société elle-même et donc à réduire l’expression sociale et publique des religions au sein de la société française.

1)            Une laïcité de combat

Il y a la vieille laïcité de combat qui voit dans les religions un obscurantisme dont il faut libérer les esprits. Ses revendications en direction du pouvoir portent, entre autres, sur l’abrogation du statut concordataire de l’Alsace-Moselle, sur l’abrogation de la Loi Debré (« A Argent public, École publique »), sur le statut de certaines aumôneries. On trouve une éclairante expression de ces revendications dans la réponse publique du Grand Orient à la Commission Machelon. Il ne faut pas majorer ce courant même s’il peut de temps en temps donner de la voix.

Certains, dans ce courant, insistent sur le fait que la République, garantissant la liberté de conscience, favorise le débat et la liberté d’expression. Si la diffamation est interdite vis-à-vis des personnes, elle ne l’est pas dans notre législation vis-à-vis des religions. Critiques, caricatures et dérisions sont donc possibles. Des combattants de cette conception militante et souvent antireligieuse de la laïcité ne s’en privent pas. On peut cependant s’interroger sur ce qu’implique un vivre ensemble fraternel dans une société pluraliste. Le respect mutuel n’est-il pas une valeur indispensable pour vivre une telle fraternité et ne faut-il pas articuler  sur ce point le principe de liberté avec celui de responsabilité ?

2)            Une laïcité fille de la sécularisation

Il y a une forme de laïcité qui n’est pas de l’ordre du combat idéologique mais qui se traduit dans les faits par une politique contribuant à accélérer un certain effacement du religieux. Nous sommes en présence de certaines évolutions de mentalité liées au phénomène de sécularisation de notre société. J’entends par là un processus d’éloignement de notre société vis-à-vis de sa référence chrétienne et de son lien, en particulier, à l’Église catholique. Il n’y a pas forcément hostilité ou lutte ouverte mais beaucoup plus ignorance et indifférence. Cela s’accompagne aussi d’un affaiblissement de la surface sociale de l’Église et de sa difficulté à assurer aujourd’hui un quadrillage au plus près du terrain. On peut constater ce phénomène dans la façon dont certaines mairies (pas toutes) voient leur relation aujourd’hui avec l’Église :

-              Récupération des presbytères (qui appartiennent au domaine privé des municipalités) quand un prêtre ne l’occupe plus. Le presbytère devient alors un immeuble locatif, un logement social ou un gîte rural. La paroisse n’a parfois plus que la sacristie de l’église pour se réunir ou bien elle utilise un local municipal mis à sa disposition.

-              Approche de plus en plus culturelle des bâtiments du culte. On a investi de l’argent dans leur entretien. Il faut qu’ils servent. On utilisera ainsi l’église pour des concerts, pour des expositions, pour des spectacles. Moins l’église ou la chapelle est utilisée pour le culte, plus son utilisation culturelle risque d’être valorisée.

-              La dimension sacrée des lieux est moins perçue. On accueillera des concerts ou des expositions sans se demander si ces programmations sont compatibles ou non avec l’aspect religieux du lieu.

-              Une approche de plus en plus patrimoniale de l’immobilier ecclésial (dans les églises paroissiales et dans les cathédrales). On risque d’oublier que la fonction première de l’édifice est cultuelle et religieuse.

-              Les contraintes immobilières et financières qui font démolir la chapelle d’un hôpital ou passer un poste d’aumônerie hospitalière du statut du salariat à celui du bénévolat.

-              Mentionnons aussi les dérogations au travail du dimanche pour tenir compte de certains intérêts économiques.

Ces pratiques ne se retrouvent pas de partout. Mais elles risquent de se généraliser dans les années qui viennent, d’autant plus que nous risquons d’avoir de plus en plus des interlocuteurs et des représentants des pouvoirs publics qui ne connaissent pas l’histoire et la jurisprudence de tout ce qui a fait pendant un siècle les relations entre l’État et l’Église catholique. Certains d’ailleurs ne sont pas familiers du tout d’un univers religieux ou bien viennent d’autres traditions que celle du catholicisme qui a marqué notre histoire nationale.

3)            Une laïcisation de l’espace public

Il y a aujourd’hui tout un courant militant qui  souhaite étendre la référence à la laïcité, non plus seulement à l’État mais à la société toute entière, réduisant ainsi l’expression publique et sociale des religions. Il s’agit d’une forme de laïcisme qui veut enfermer le religieux dans le domaine du privé et de l’intime et lui interdire toute forme d’expression dans l’espace public. Notons d’ailleurs que beaucoup de nos contemporains n’aiment pas les religions qui expriment avec force et passion militante leurs propres convictions. D’où ce sens négatif donné au mot « prosélytisme ». Certes, si une expression du contenu religieux non respectueuse de la liberté doit être refusée, la possibilité de proposer sa foi à d’autres ne fait-elle pas partie de la liberté d’expression ?

1 – Le refus d’une expression publique des religions

Nous voyons ce courant laïciste s’exprimer dans un certain nombre de réactions vis-à-vis de prises de position publiques des responsables de l’Église, en particulier dans les domaines qui touchent la vie sociale et politique, que soit à propos de l’expulsion des Rom ou de la proposition de loi sur le mariage et l’adoption entre personnes du même sexe. On entend ces affirmations : « Vous sortez de votre rôle. La laïcité vous interdit d’intervenir dans ces domaines. Vous contrevenez à la laïcité en vous exprimant ainsi ».Un homme politique critiquant la prière proposée pour le 15 août dernier, affirmait : « L’Église n’a aucune légitimité démocratique pour s’immiscer dans le débat politique en France ». En fait, la vraie laïcité nous a rendu notre pleine liberté. Nous n’avons plus ce devoir de réserve vis-à-vis de l’État que demandait la situation concordataire. Comme toute association, l’Église a droit à s’exprimer librement et si la stratégie de la politique politicienne n’est pas de son domaine, la réflexion sur tout ce qui a trait à l’homme dans notre société, la concerne directement et touche sa mission.

Il en va de même des manifestations publiques organisées par des catholiques, en particulier des marches pour la défense de la vie. Si ces manifestations sont pacifiques et ne troublent pas l’ordre public, pourquoi certains groupes voudraient-ils les faire interdire ou les empêcher de se dérouler normalement ? L’expression dans l’espace public serait-il sélectif : pourquoi applaudir une Gay Pride et combattre un autre type de manifestation ? Le religieux ou l’ecclésial ne pourraient-ils plus avoir une expression publique ? Nous sommes là devant une conception indue de la laïcité.

2 – La proposition du changement de jours de fête religieux

Nous voyons aussi s’exprimer des propositions visant à modifier le calendrier des fêtes chômées. Certains le font par hostilité ou indifférence à l’histoire de la France, qui a été fortement marquée par le catholicisme. D’autres le font par désir de donner à chaque religion la possibilité de fêter (avec un jour chômé) leurs propres fêtes religieuses. Dernièrement, l’Association nationale des directeurs des ressources humaines proposait de ne plus chômer pour Pentecôte, l’Ascension et le 15 août et de donner à leur place trois jours que les membres des différentes religions prendraient quand ils voudraient. Des aménagements peuvent, bien sûr, être trouvés mais je ne pense pas qu’occulter systématiquement toute une part de son histoire et de sa culture soit bon pour la France et pour son avenir.

3 – Les réactions suscitées par l’Islam

                Mais, c’est l’inscription de l’Islam dans la société française qui a amené les déplacements d’accent les plus forts, concernant la laïcité, dans l’opinion publique et chez un certain nombre de leaders politiques. Dans les dernières décennies, l’Islam ne s’est plus présenté comme une religion pour des gens en transit sur notre sol national mais comme une religion de gens qui étaient français, qui vivaient en France et n’envisageaient pas de partir ailleurs. Nous avons vu se construire des mosquées qui se sont inscrites dans notre paysage urbain et l’Islam est devenu la deuxième confession religieuse de France après le catholicisme.

                Les premières questions qui se sont posées ont tourné autour des lieux de culte et des aumôneries. Pouvait-on faire bénéficier les musulmans des avantages de la loi de 1905 et fallait-il la modifier pour régler quelques-uns des problèmes posés par l’Islam ?

                Mais la politique internationale et ses retentissements en France ont modifié les données. Il y a eu le 11 septembre 2001. Il y a eu l’Afghanistan, l’Irak, la Libye, aujourd’hui la Syrie, le terrorisme islamique, la manifestation d’un prosélytisme islamique, la situation des minorités chrétiennes au Moyen Orient, la persécution de chrétiens au Pakistan et au Nigéria. Cela a provoqué un réflexe de peur, de besoin de se protéger, d’envoyer un signe fort à ces forces islamistes pour dire « Halte là ! ». D’autant plus, que si nous voyons un Islam qui veut s’intégrer dans la société française et s’insérer dans les lois de la République, nous constatons aussi d’autres courants plus offensifs, qui remettent en question notre laïcité à la française, veulent imposer leurs particularités communautaristes et testent la capacité de résistance de la République à leurs revendications. On sent bien qu’une distinction des domaines entre loi civile et loi religieuse ne leur est pas familière. Or, il ne peut y avoir de vivre ensemble pacifique dans une société pluraliste que si une telle distinction fondatrice est maintenue.

                Une telle évolution n’a pas été sans conséquences sur les relations des responsables politiques avec les différents cultes. Il y a dix ans, on voulait donner aux musulmans ce qu’on avait donné aux catholiques, aux protestants et aux juifs (bâtiments, aumônerie…). Aujourd’hui, on restreindrait volontiers ce qu’on avait donné aux catholiques (ou ce à quoi ils avaient droit) pour ne pas le donner aux musulmans (création d’une aumônerie scolaire dans un collège, affichage dans un lycée, voile sur les photos d’identité). Il faut d’ailleurs noter que pour éviter de donner l’impression d’une discrimination religieuse vis-à-vis d’une religion, même si le problème est spécifique à cette religion, on prendra une mesure qui touchera toutes les religions, pour ne pas faire - dit-on – de discrimination envers une religion (par ex. l’interdiction de tout signe ostentatoire dans l’espace scolaire).

                Une première extension de la laïcité a vu le jour dans l’espace scolaire. Jusqu’à ces dernières années, la laïcité s’appliquait au personnel enseignant, à qui il était demandé de ne pas afficher leurs convictions religieuses ou politiques et de ne pas porter d’insignes religieux distinctifs. La loi du 15 mars 2004  se veut une application du principe de laïcité. Elle interdit  le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics. On veut faire de l’école publique un sanctuaire de la République dans lequel les religions sont bannies. Une telle loi peut se comprendre si l’ordre public est troublé par des jeunes arborant des signes ostensibles et provocateurs. Si ce n’est pas le cas, nous sommes en présence d’une infraction au principe de liberté religieuse. J’en dirais autant vis-à-vis de l’interdiction du voile qui serait imposée aux mères de famille accompagnant la classe de leur enfant lors d’une sortie scolaire.

Il en irait de même, si on voulait, à l’intérieur de services publics, interdire certains signes religieux aux usagers de ces services (le voile par exemple). S’il y a une interdiction du voile intégral, elle doit être justifiée par une raison de respect de l’ordre public (« Nul ne peut, dans l’espace public, porter une tenue destinée à dissimuler son visage » (loi du 11 octobre 2010) et non pas par une motivation antireligieuse.

Nous avons vu aussi des débats voir le jour autour de l’abattage rituel, des prières dans la rue, des dates d’examen pour les étudiants pratiquants, des carrés confessionnels dans les cimetières. Je crois que la meilleure manière de traiter  ces problèmes spécifiques, c’est de les aborder de manière pragmatique. C’est ainsi que pendant un siècle bien des questions posées par l’Église catholique ont trouvé des solutions. On pourrait en dire autant à propos de la communauté juive. Dernièrement, le président du Consistoire central Joël Mergui disait dans une interview : « Des arrangements de bon sens ont toujours permis aux juifs de France de respecter leurs traditions religieuses. On est en train de perdre cet état d’esprit en raison d’une radicalisation de la laïcité. Or, si la laïcité se durcit et n’offre plus de souplesse, les juifs, dont les règles sont les plus strictes, seront les grands perdants » (Le Monde, 18 mars 2012).

4 – Vers une laïcisation complète de l’espace public ?

                 En effet, certains plaident pour une interdiction des expressions de manifestation religieuse dans l’espace public, et ceci au nom de la laïcité. Madame Marine Le Pen ne demandait-elle pas récemment que soit interdit dans l’espace public le port du voile ou de la kippa. Notons que cette expression « espace public » n’est pas des plus précises. Et quand on l’emploie, il faut tout de suite en préciser la portée. Par exemple, pour Marine Le Pen, cette expression désigne les rues, les magasins et les transports publics. Qui ne voit que cela peut contribuer aussi, au moins en certains lieux, à interdire les processions, le port de la soutane ou d’un habit religieux et toute manifestation un peu publique du religieux. Allons-nous voir refleurir des arrêtés comme celui du 10 décembre 1900 interdisant le port de la soutane sur tout le territoire de la commune du Kremlin-Bicêtre ?

                Certes, il faut demander aux religions de ne pas vouloir imposer à l’ensemble de la société leurs propres normes communautaires et d’apprendre à distinguer la sphère de la loi religieuse de celle de la loi civile. Mais, il faut s’opposer à cette tendance visant à étendre la laïcité de l’État à l’ensemble de la société. L’expression publique et sociale de sa foi fait partie du droit de chaque croyant. Celle-ci doit être possible dans toute société, car une société démocratique est une société plurielle, où, dans le respect de l’ordre établi, toutes ces expressions publiques des religions doivent pouvoir se manifester. Il en va du respect  du droit à la liberté religieuse, qui est, comme l’ont rappelé les papes Jean-Paul II et Benoît XVI au fondement de tous les autres droits de l’homme. L’État est laïc. Notre société ne l’est pas. Elle a une autre ambition : être une société, non pas où on musèle les religions, mais une société qui permet à celles-ci d’apporter toutes leurs composantes et d’enrichir ainsi la vie sociale elle-même.

Permettez-moi en terminant cette conférence  de citer ces paroles du pape Jean-Paul II au Corps diplomatique. Elles ont été prononcées le 12 janvier 2004 mais elles gardent aujourd’hui toute leur actialité. Elles résument bien l’ensemble de notre propos :

« Les communautés de croyants sont présentes dans toutes les sociétés, expression de la dimension religieuse de la personne humaine. Les croyants attendent donc légitimement de pouvoir participer au dialogue public. Malheureusement, on doit observer qu’il n’en est pas toujours ainsi. Nous sommes témoins, ces derniers temps, dans certains pays d'Europe, d'une attitude qui pourrait mettre en péril le respect effectif de la liberté de religion. Si tout le monde s'accorde à respecter le sentiment religieux des individus, on ne peut pas en dire autant du «fait religieux», c'est-à-dire de la dimension sociale des religions, oubliant en cela les engagements pris dans le cadre de ce qui s'appelait alors la «Conférence sur la Coopération et la Sécurité en Europe». On invoque souvent le principe de la laïcité, en soi légitime, s'il est compris comme la distinction entre la communauté politique et les religions (cf. Gaudium et spes, n. 76). Mais distinction ne veut pas dire ignorance ! La laïcité n'est pas le laïcisme ! Elle n'est autre que le respect de toutes les croyances de la part de l'État, qui assure le libre exercice des activités cultuelles, spirituelles, culturelles et caritatives des communautés de croyants. Dans une société pluraliste, la laïcité est un lieu de communication entre les diverses traditions spirituelles et la nation. Les relations Église-État peuvent et doivent donner lieu, au contraire, à un dialogue respectueux, porteur d’expériences et de valeurs fécondes pour l'avenir d'une nation. Un sain dialogue entre l'État et les Églises – qui ne sont pas des concurrents mais des partenaires – peut sans aucun doute favoriser le développement intégral de la personne humaine et l'harmonie de la société. » (§ 3).

 

IL Y A 120 ANS, LA LOI DE SEPARATION DES EGLISES ET DE L'ETAT ENTRAIT EN VIGUEUR

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Le sacrifice héroïque d’Henri Marrannes, jociste, torturé par les nazis

9 Décembre 2025, 11:07am

Le sacrifice héroïque d’Henri Marrannes, jociste, torturé par les nazis

 

Samedi 13 décembre, 50 Français vont être béatifiés à Notre-Dame de Paris au titre de martyrs de l'apostolat, victimes de la persécution nazie envers la foi catholique. La messe sera présidée par le cardinal Jean-Claude Hollerich, archevêque de Luxembourg. Parmi eux figure Henri Marrannes, responsable jociste, qui prit la place d’un de ses collègues, père de deux enfants, au Service du Travail Obligatoire (STO) en Allemagne où il participa activement à l’Action Catholique et mourut sous la torture. 

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, environ 300.000 jeunes Français sont envoyés en Allemagne comme ouvriers dans le cadre du Service du travail obligatoire (STO) afin de contribuer à l’effort de guerre, en particulier dans la métallurgie. Ils perçoivent un salaire symbolique, ont deux semaines de vacances par an mais ne bénéficient d’aucune assistance spirituelle, à la différence des prisonniers de guerre qui avaient théoriquement le droit, garanti par la Convention de Genève, d’avoir des aumôniers.

Pour apporter un soutien spirituel à tous ces jeunes, des évêques français, en particulier le cardinal Emmanuel Suhard, archevêque de Paris, et l’abbé Jean Rodhain, initiateur du Secours catholique, montent la "Solution saint Paul", l’apôtre Paul pouvant être considéré comme un ouvrier, ayant travaillé de ses mains comme tisserand. Le recours pour apporter un "secours religieux aux travailleurs français en Allemagne" n'ayant pas abouti par les voies officielles, le cardinal, avec l'accord du pape, décida d'envoyer des prêtres, des séminaristes, des religieux, des militants de l’Action catholique (notamment de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne) et des scouts pour exercer un apostolat auprès des jeunes ouvriers déportés. Ces volontaires savaient en partant qu’il s’agissait d’un apostolat clandestin.

Départ d'anciens prisonniers de guerre français libérés pour aller travailler en Allemagne dans le cadre du STO, Gare du Nord, Paris, mai 1943.

Le 3 décembre 1943, l'étau se resserre avec la publication de l’ordonnance Kaltenbrunner, qui exige l’élimination de tous ceux qui mènent une activité religieuse auprès des jeunes travailleurs français. À partir de ce moment-là, les missionnaires sont sous le couperet de la peine de mort. Bon nombre d’entre eux sont exécutés, envoyés dans des camps ou morts de maladie ou d'épuisement pendant le transfert.

Il y a certainement des dizaines d’autres missionnaires qui auraient pu être béatifiées aux côtés de ces 50 martyrs. Mais le postulateur de la cause, Mgr Charles Molette, a choisi de s’arrêter à ceux-là. Parmi les 50 martyrs béatifiés ce samedi 13 décembre figurent 5 religieux, 9 prêtres diocésains, 3 séminaristes, 14 scouts de France et 19 jocistes. Henri Marrannes faisait partie de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC).

Un meneur à l’âme généreuse

Henri Marrannes est le cinquième d’une modeste famille d’immigrés belges de sept enfants. Né le 27 juin 1923 à Ferrières-la-Verrerie (Orne), il devient jociste à Paris, fédéral de Paris-Sud-Ouest en 1940 et, très vite, l’âme de la section Falguière. Il trouve dans la JOC une mission, une fraternité et une manière d'aimer le Christ qu’il va poursuivre jusqu'au don de sa vie. Henri Marrannes est un meneur incontesté. Il crée, avec le Secours Populaire, un service d’entraide pour les familles défavorisées, leur envoyant des colis de pommes de terre.

Plus que jamais unis dans notre Christ.

Employé dans un atelier de petite mécanique, la Compagnie Real, il apprend, le 29 octobre 1942, que neuf de ses collègues de l’atelier sont requis pour le STO. Dans un geste d’une abnégation rare et d’un courage inouï, qui n’est pas sans rappeler celui du père Maximilien Kolbe, Henri Marrannes, âgé alors de 19 ans, prend la place d’un camarade marié et père de deux enfants. Le 6 novembre, il écrit à l’un de ses correspondants qu’il a confié le service d’entraide à un camarade jociste : "C’est mon dernier mot de Paris, car je pars tout à l’heure à 10 heures à la gare de l’Est [...]. Je te quitte. Plus que jamais unis dans notre Christ. Mille fois merci pour tous les dérangements pour patates ou autres."

Un esprit fédérateur

À Gera, en Thuringe, il cherche à repérer tous les jocistes, jacistes et scouts pour les regrouper. Un fédéral jociste de Nantes, Louis Bacle, décrit Henri dans une lettre du 22 janvier 1981 : un chef, un entraîneur, réunissant tout le monde dans une salle de la cure, puis dans un café de la ville, apprenant l’allemand et lui passant son assimil : "Tu verras, comme ça, nous pourrons nous débrouiller en voyage".

Henri imagine un apostolat au cœur de la souffrance. Il va chercher les hommes partout où ils se trouvent, visite tous les dimanches les kommandos STO. Il convainc l’abbé Yves Rabourdin à "passer civil" en juillet 1943 pour encadrer son groupe de jeunes chrétiens. Ils se réunissent, les dimanches, avec les militants et les groupes dans toutes les villes des environs, jusqu’à ce qu’à Noël 1943, la surveillance de la Gestapo se resserre : les groupes doivent passer à 5 membres maximum, pour ne pas attirer l’attention dans les cafés. Son seul objectif ? "Être rédempteur avec le Christ, payer pour les autres comme Lui l’avait fait". Quant à l’abbé Rabourdin, il regroupe séminaristes et religieux pour former Le Monastère et seconder par la prière l’action des jocistes.

Vers le milieu du mois de mars 1944, les nazis perquisitionnent chez l’abbé Rabourdin et trouvent une lettre du cardinal Suhard encourageant à constituer des groupes jocistes et à se mettre en relation avec des groupes allemands d’action catholique en résistance contre le parti nazi. Henri est arrêté le lendemain et transféré à Gotha où il est interrogé et torturé.

Une âme pieuse

Henri Marrannes ne se plaint pas des coups qu’il reçoit. Un certain Eugène Jean, travaillant à l’usine Horch, de Zwickau, raconte sa rencontre avec Henri Marrannes et la manière qu’il avait de vivre et de proclamer sa foi. "Je suis chrétien, de la JOC, et les brimades et les coups que je reçois sont peu de choses près des supplices que Jésus a supportés pour toi comme pour moi. Et puis, c’est mon offrande pour le bien de mes frères jocistes ; c’est ma façon de prier, à moi – et pour tous les hommes, comme le Christ", disait-il.

Eugène Jean, saisi par la ferveur d’Henri, se considère alors lui aussi en mission auprès des travailleurs français. Henri lui dit son désir et celui d’autres militants emprisonnés d’avoir des hosties pour Noël. Eugène se déguise en prisonnier, obtient des hosties consacrées de l’aumônier du camp voisin et les fait passer dans une boîte de cirage Lion noir, bien propre.

Pense au Ciel. Ici, c’est déjà le couloir qui y mène.

Henri subit des interrogatoires de plus en plus durs. Il est torturé, battu à coups de planche. Transporté à l’infirmerie, il a encore la force de murmurer une dernière prière en faisant un signe de croix avec les doigts. Son ami Eugène l’accompagne lorsqu’il prononce ses derniers mots : "Pense au Ciel. Ici, c’est déjà le couloir qui y mène. Prie beaucoup et toujours pour les autres, moi, et toi ; c’est le Seigneur qui sait ce qu’il doit faire de nous". Il meurt le lendemain, le 4 avril 1945, à l’âge de 22 ans.

"Henri, dira le père Yves Rabourdin, était de la trempe des jocistes de la première génération pour lesquels s’alliaient l’amour de la masse et l’amour du Christ : Nous referons chrétiens nos frères... Le secret de sa vie spirituelle transparaissait dans son activité [...]. C’est lui qui m’a poussé "l’épée dans les reins" pour me lancer dans l’aventure de la mission de Thuringe. [...] Lui, avec les autres, m’a obligé à réfléchir sur ma place de prêtre dans l’Église. De formation sulpicienne, je vivais le "prêtre religieux de Dieu". Ce sont EUX qui m’ont ouvert au rôle du "prêtre missionnaire dans l’Église" et accompagnateur de ceux qu’on appelait alors les militants".

 

Le sacrifice héroïque d’Henri Marrannes, jociste, torturé par les nazis

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60 ans après Vatican II est-il mort ?

7 Décembre 2025, 16:48pm

60 ans après Vatican II est-il mort ?

60 Ans après

Vatican II est-il mort ?

"Catholiques de France : la tentation radicale" : c'est le titre choc d'une enquête diffusée récemment sur France culture (toujours audible en podcast). En quatre épisodes, elle met à nu les difficultés rencontrées par des catholiques de ce pays, antique bastion de la chrétienté, à s'adapter à leur situation minoritaire dans un État laïque et une société pluriculturelle. Ce déclassement est mal digéré par différentes sensibilités catholiques interrogées. Elles la ressentent avec douleur, comme une sorte de complexe d'infériorité s'exprimant, le plus souvent, par des réactions de type défensif et auto-référentiel. Cette série d'émissions fait écho à l'inquiétude soulevée pendant la dernière assemblée des évêques à Lourdes par leur président : "Les dérives identitaires dans notre pays sont comme le bacille de la peste dans Camus", avait déclaré le cardinal Jean-Marc Aveline. Ce phénomène identitaire dans l'Église se caractérise par le triomphe de l'attestation de la foi sur la conversion à l'Évangile. Cette évolution du catholicisme français fait dire au moine bénédictin, écrivain et poète, François Cassingéna-Trévedy, que "Vatican II est mort". Ne se résignant pas à cette bérézina conciliaire, il a quitté son monastère en 2021 pour devenir ouvrier-agricole dans le Cantal, tout en poursuivant son ministère de prêtre en monde rural.

Un contexte périlleux

Vatican II est-il vraiment mort ? La réponse mérite d'être plus nuancée que l'affirmation. Néanmoins cette saillie, sans doute provocatrice, a l'avantage de faire regarder les réalités en face. Incontestablement le fond de l'air que nous respirons en 2025 n'est plus le même qu'en 1965. Le concile s'achève le 8 décembre de cette année-là, il y a juste soixante ans, par une cérémonie impressionnante à Rome : elle a été orchestrée comme un envoi en mission de toute l'Église. Il y avait de l'enthousiasme et de l'espérance palpables sur la place Saint-Pierre. J'étais alors enfant de chœur dans mon bourg du Pas-de Calais. Et je me souviens bien du vent de nouveauté et de recommencement qui soufflait allègrement dans ma paroisse.

En 2025, ce sont l'inquiétude et la peur qui asservissent l'atmosphère. Durant les années conciliaires, on croyait aux progrès technique, social, culturel, politique et spirituel ; et malgré l'épée de Damoclès de la menace nucléaire qui était suspendue, au-dessus des têtes, depuis les bombardements d'Hiroshima et de Nagasaki, on croyait fermement à la paix garantie par l'existence d'institutions et de règles internationales respectées par les grandes puissances. Aujourd'hui, l'Intelligence artificielle (IA), qui n'en est qu'à ses débuts, fait trembler tous les fondements de notre société avancée et de notre philosophie humaine ; nous voyons aussi sous nos yeux des économies de guerre se mettre en place pour parer à d'éventuels conflits déclenchés par des prédateurs menaçants, surarmés et dépourvus de scrupules. Dans ce contexte périlleux, aggravé par la crise écologique et par la confusion des esprits générée par des réseaux d'information mélangeant le vrai et le faux, l'homme et la femme du XXIe siècle sont plus enclins à broyer du noir, à se protéger et à se défendre, qu'à ouvrir joyeusement leurs fenêtres, comme le pape saint Jean XXIII le proposa à l'Église, en convoquant le Concile en 1962.

Changement d’époque

Ce changement d'époque a évidemment des répercussions sur le style de vie et de pensée des catholiques et sur leur manière de "faire Église". Dans les années soixante, les catholiques dits de gauche avaient beau rester minoritaires, ils n'en étaient pas moins influents dans les mouvements, les services d'Église et même dans la vie sociale et politique du pays. On assiste depuis ces dernières années à un net retour de balancier : les élites catholiques se recrutent essentiellement à droite de l'échiquier politique : aux dernières élections législatives, deux catholiques sur trois ont voté pour des partis de droite et d'extrême-droite. 

Sur le plan strictement ecclésial, les transformations diocésaines nécessitées par la chute drastique du nombre de prêtres, se caractérisent par la création de nouveaux quadrillages paroissiaux de plus en plus vastes. Mais le prêtre, pourtant en voie de raréfaction, demeure, grâce au renfort de clercs venus de l'étranger ou de communautés sacerdotales, le centre de gravité et le sommet hiérarchique du dispositif pastoral. L'Église de France semble ainsi davantage se référer au modèle ecclésial du XIXe siècle, marqué par une volonté de reconquête, qu'à celui de Vatican II préconisant l'organisation de communautés chrétiennes confiées à des laïcs, ayant été préalablement préparés à la co-responsabilité avec des ministres du culte. À la lecture de la première biographie parue de Léon XIV, spécialement les passages relatant son expérience missionnaire au Pérou, on mesure les différences de niveaux d'acculturation des intuitions pastorales du concile Vatican II entre l'Amérique latine et l'Europe. À Chiclayo, diocèse dont le Pape fut évêque pendant huit ans, Vatican II fait partie des mœurs ordinaires paroissiales ; en France, le concile est encore et toujours un sujet de "guéguerre" liturgique et de controverses herméneutiques !

Une expérience mystique phénoménale

L'histoire expliquera sûrement que le pontificat de François s'est souvent heurté à la résistance au changement des Églises de la "vieille Europe", elle-même confrontée à une crise démographique, politique et culturelle sans précédent, qui la faisait comparer par le pontife argentin à "une vieille dame fatiguée et malade". Sur bien des sujets évoquant la tradition de l'humanisme européen — on pense, par exemple aux migrants — le pape François a résolument ramé à contre-courant des tendances idéologiques dominantes. Mais il a persisté et signé, sans doute pour que l'Église, qu'il a lancée sur les rails de la synodalité, redécouvre la spiritualité incarnée du concile Vatican II. Car celui-ci ne peut se résumer à une bataille rangée entre réformistes et conservateurs. Cette lecture étroitement politique, et fort répandue par les commentateurs, est cependant obsolète. Elle ignore l'expérience mystique phénoménale qui permit à des évêques nés pour la plupart au XIXe siècle, et séparés par d'importantes barrières culturelles, idéologiques et théologiques, de faire ensemble leur autocritique et par là-même celle de l'Église tout entière, sous le regard de Dieu. Ces hommes ont été labourés par la spiritualité de l'évangile du Bon Samaritain (Lc 10, 25-37), brandi comme la parabole paradigmatique du concile. « Au concile, qu'a fait l'Église ? Elle a aimé » déclara saint Paul VI, soulignant ainsi le caractère exceptionnel de Vatican II : premier concile de l'aventure chrétienne à ne condamner ni stigmatiser personne.

Une Église samaritaine

Vatican II est-il mort ? Certaines apparences pourraient en accréditer la thèse. Mais si on replace la question sur un terrain moins quantifiable et plus spirituel, rien n'est moins sûr. Le premier voyage du pape Léon hors d'Italie a été celui d'un authentique petit-fils du concile : il avait l'âge de 10 ans quand il s'est clos. Enfant, il a été marqué par l'enthousiasme conciliaire : il le poussait à jouer à la messe sur la planche à repasser de sa maman. En Turquie et au Liban, le Pape a eu des mots et des gestes remarquables sur l'œcuménisme, sur la paix, sur le dialogue entre les cultures et les religions, notamment entre le christianisme et l'islam, qui fleurait bon la spiritualité optimiste et néanmoins lucide et responsable qui fut celle du bon Samaritain et des Pères du concile. Et puis, disons-le nous, tant que des chrétiens seront capables de changer de route et d'habitude, à l'instar du moine François Cassingena-Trévedy, pour devenir missionnaires d'une Église franchement samaritaine, alors non vraiment, l'esprit, la fécondité spirituelle de Vatican II ne sont pas menacés de mort et ils ne pourront pas s'éteindre.

source : Aleteia

60 ans après Vatican II est-il mort ?

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L’Église brûle-t-elle ?

6 Décembre 2025, 10:59am

L’Église brûle-t-elle ?

L’Église brûle-t-elle ?

« La seule église qui éclaire est celle qui brûle ! » La menace graffée sur un mur latéral de l’Église Sainte Marie Madeleine des chartreux de Marseille est violente. Elle fait partie du panel des slogans dits antifas – entendre antifacho – ce qui en dit long sur l’inculture des auteurs de l’inscription.

 

Arnaud Alibert

Prêtre assomptionniste, rédacteur en chef à La Croix

La violence des mots se banalise. Comme si celle des armes ne suffisait pas ! Toute société pour prospérer a besoin de paix. Arnaud Alibert, rédacteur en chef assomptionniste, revient sur les inscriptions taguées sur une église marseillaise, à trois semaines de la fête de Noël, jour de naissance du prince de la paix :

« La seule église qui éclaire est celle qui brûle ! » La menace graffée sur un mur latéral de l’église Sainte-Marie-Madeleine des Chartreux de Marseille est violente. Elle fait partie du panel des slogans dits antifas – entendre antifascistes – ce qui en dit long sur l’inculture des auteurs de l’inscription. L’archevêque et le maire, chacun dans son rôle, engageront une démarche en justice pour qu’il y ait une enquête et une sanction du ou des auteurs. Mais, pardonnez ma naïveté ! Combien il nous serait bon de vivre sans cette boue ! Il y a certes des événements dans le monde qui sont infiniment plus scandaleux et révoltants. Mais dans son ordre, celui de la délinquance ordinaire, même s’il ne produit aucun dommage direct irréparable, ce tag a quelque chose de monstrueux.

Monstrueux de violence gratuite et de bêtise. La présence chrétienne à Marseille remonte aux premières années du christianisme. Ce que l’archéologie ne prouve pas, la tradition provençale le raconte, souvent avec force détails. Selon elle, Marie Madeleine, disciple du Christ, la première à le rencontrer ressuscité, sœur de Marthe et de Lazare, a été exilée par les Romains loin de la Judée. Après avoir échoué avec ses compagnons d’infortune sur la grève des Saintes-Maries-de-la-Mer, elle est venue évangéliser la cité phocéenne.

Une femme étrangère en haillons, figure source des chrétiens de Marseille

À Marseille, la communauté chrétienne a donc comme figure source cette femme étrangère en haillons, n’ayant pour seule richesse que sa foi. Son histoire est peuplée d’hommes et de femmes au service des humbles, des malades, ou missionnaires pour l’éducation. Rien à voir avec une Église triomphante, capitaliste, colonialiste, etc.

Monstrueux aussi de perversion. Car ce graff prêche le mal et la destruction avec des termes d’une grande profondeur spirituelle : la lumière et le feu. Paradoxalement, ces mots en sont la principale faiblesse car c’est par eux que la foi peut prendre sa revanche, pacifique évidemment.

Car, oui, « la seule Église qui éclaire » la marche des hommes « est celle qui brûle » intérieurement de l’amour même dont Dieu aime le monde. L’Église n’est pas sur terre pour faire valoir ses droits mais pour laisser le feu de Dieu, sa Parole, éclairer et réchauffer. S’il lui est donné d’éclairer, c’est par la lumière qu’elle laisse passer. C’est toute la différence entre un vitrail et une lampe. Il faut le redire, l’Église ne représente aucun danger pour l’homme ; son message nous aide à comprendre la vérité et la bonté comme des besoins vitaux, et à reconnaître que la lumière divine vient parfaire en nous celle de la raison humaine. À condition de la laisser entrer !

 

L’Église brûle-t-elle ?

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HOMELIE DEUXIEME DIMANCHE DE L'AVENT

5 Décembre 2025, 17:03pm

2ém dimanche de l’Avent

Les lectures bibliques de ce 2ème dimanche de l'Avent nous annoncent que le grand projet de Dieu c'est de nous ramener tous à lui. Pour lui, c'est une priorité absolue. Il ne se contente pas de nous appeler de loin. Il vient à nous en nous envoyant des messagers. Dans la liturgie de ce jour, nous avons Isaïe, Paul et Jean Baptiste.

Le prophète Isaïe (1ère lecture) se présente comme un messager de l'espérance. Il annonce un monde de paix et de justice : "Le loup habitera avec l'agneau… le veau et le lionceau seront nourris ensemble… Un rameau sortira de la racine de Jessé". Ce rameau sera porteur de paix. L'Esprit du Seigneur lui sera donné par l'onction. Ainsi rempli de l'Esprit de Dieu, ce roi fera germer la justice. Il aura souci du faible et du pauvre dont il sauve la vie. Pour nous chrétiens, c'est un formidable message d'espérance. Avec la naissance de Jésus, c'est le commencement de sa réalisation.

Dans la seconde lecture, saint Paul s'adresse lui aussi aux chrétiens en tant que messager de Dieu. Il présente le Christ comme le sauveur de tous les hommes. Sa venue était annoncée dans les livres saints de l'Ancien Testament. Ce qui nous est demandé, c'est d'être accueillants, de nous faire tout à tous. Paul s'adresse aux chrétiens de Rome. Comme dans toutes les grandes villes, il s'y trouve des gens très différents, des chrétiens fervents, des tièdes, des juifs et des chrétiens convertis : Accueilliez-vous les uns les autres comme le Christ vous a accueillis pour la gloire de Dieu". Être accueillant envers tous nos frères c'est se préparer à recevoir le Christ.

Dans l'Évangile de saint Matthieu, nous trouvons un prophète "pur et dur" : il s'agit de Jean Baptiste, le dernier prophète de l'Ancien Testament. Ce qui intéresse l'évangéliste Matthieu, c'est d'abord le message qu'il proclame : "Convertissez-vous… préparez le chemin du Seigneur". Il rappelle avec insistance la nécessité de "produire du fruit". La conversion qu'il réclame à tous doit se traduire en actes. Il annonce le jugement de celui qui vient. Aucun privilège ne peut nous en extraire. Il ne suffit pas de faire partie de l'Église pour être sauvés.

Les juifs ont été nombreux à répondre à l'appel de Jean et à se faire baptiser par lui. Mais les pharisiens et les sadducéens se sont montrés méfiants car ce mode de pardon des péchés n'était pas prévu dans la loi de Moïse. C'est sans doute leur méfiance qui a provoqué les violentes invectives de Jean Baptiste : "Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient. Le fait d'être de la descendance d'Abraham n'est pas une garantie de salut. La vraie conversion doit produire un fruit visible. Elle doit nous amener à des gestes d'accueil, de partage et de solidarité.

Cet appel est aussi pour chacun de nous. Mais se convertir, ce n'est pas d'abord faire des efforts pour essayer de devenir meilleurs. Le plus important c'est de donner notre foi au Christ. Avec lui, on devient autre. "Comme le laboureur retourne la terre pour l'ensemencer, la grâce du Christ retourne le cœur pour y déposer la semence divine".

Voilà une bonne nouvelle pour nous et pour le monde entier. Le Christ est là, au cœur de nos vies. Cette bonne nouvelle doit être annoncée à temps et à contretemps. Le monde se prépare à fêter Noël mais beaucoup ignorent Celui qui en est l'origine. Noël, c'est Jésus qui est venu, qui vient chaque jour et qui reviendra. Vivre Noël, c'est accueillir Jésus qui vient ; c'est lui donner la première place dans notre vie.

Se convertir, c'est d'abord se reconnaître pécheurs ; Vivre dans le péché, c'est organiser notre vie sans Dieu et en dehors de lui. C'est aussi quand nous nous faisons du mal les uns aux autres. Dieu est atteint dans l'amour qu'il porte à chacun de ses enfants. C'est alors qu'il nous faut réentendre les appels de Jean Baptiste : "Convertissez-vous !" Et nous répondons à cet appel en allant à la rencontre d'un prêtre pour demander le sacrement du pardon. Quand nous revenons à Dieu, c'est la joie retrouvée, c'est la fête.

Ayant accueilli la miséricorde de Dieu, nous sommes envoyés à notre tour pour en être les messagers dans le monde. Le racisme, la violence et le rejet de l'autre doivent être éradiqués. C'est cela aplanir les routes et combler les ravins. Nous sommes tous envoyés comme messagers de l'Évangile du Christ. Nous ne le transmettons pas comme un simple bagage de connaissances. C'est en nous efforçant de mettre toute notre vie en accord avec tout l'Évangile que nous préparons Noël en vérité.

HOMELIE DEUXIEME DIMANCHE DE L'AVENT

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PRIERE DE L'AVENT

5 Décembre 2025, 16:27pm

Prière pour le 2ᵉ dimanche de l’Avent:

  • Seigneur, en ce deuxième dimanche de l’Avent, nous tournons nos cœurs vers ta lumière qui vient.
  • Prépare en nous un chemin de paix et de confiance.
  • Dissipe nos peurs, ouvre nos yeux à ta présence.
  • Donne-nous la joie de t’attendre dans la simplicité.
  • Que ton Esprit nous guide et nous transforme.
  • Rends-nous disponibles pour accueillir ta Parole.
  • Apprends-nous à veiller, à aimer et à espérer.
  • Que nos gestes reflètent ta tendresse.
  • Seigneur Jésus, toi qui viens pour sauver,
  • fortifie notre foi et notre marche vers toi.
  • Amen.
PRIERE DE L'AVENT
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LE TEMPS DE L'AVENT

2 Décembre 2025, 17:29pm

voici les points clés à connaître sur le temps de l'Avent :
Période et Durée
• Début : Il commence le quatrième dimanche avant Noël.
• Fin : Il se termine le 24 décembre au soir.
Signification : Il marque le début de l'année liturgique chrétienne et est un temps de préparation et d'attente joyeuse de la Nativité (la naissance de Jésus-Christ). Il met également l'accent sur l'attente du retour du Christ à la fin des temps.
Traditions et Symbolisme
• La Couronne de l'Avent : C'est un cercle de branches de sapin ou de houx décoré de quatre bougies (souvent trois violettes et une rose).
o On allume une bougie supplémentaire chaque dimanche pour symboliser l'approche progressive de la Lumière de Noël.
o Chaque bougie porte un thème : l'Espoir, la Paix, la Joie (souvent la bougie rose), et l'Amour.
• Le Calendrier de l'Avent : Tradition d'origine germanique (XIXe siècle), il est conçu pour aider les enfants à patienter jusqu'à Noël. Il contient traditionnellement 24 fenêtres à ouvrir, du 1er au 24 décembre.
• Couleur Liturgique : La couleur liturgique utilisée dans les églises pendant l'Avent est généralement le violet, qui symbolise l'attente, la pénitence et la conversion. Le rose est utilisé pour le troisième dimanche (appelé Gaudete), qui est le dimanche de la joie.
Double Thématique
Le temps de l'Avent est divisé en deux parties thématiques :
1. Les deux premières semaines : Elles sont davantage axées sur l'attente eschatologique (le retour du Christ à la fin des temps).
2. Les deux dernières semaines (à partir du 17 décembre) : Elles se concentrent plus directement sur la préparation de la fête de la Nativité.
En résumé, l'Avent est un temps d'attente (adventus signifie "venue" en latin), d'espérance et de joie progressive avant la grande célébration de Noël.
 
 
 
 
 
 
LE TEMPS DE L'AVENT

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