L'AUMÔNERIE MILITAIRE
A l’occasion du vingtième anniversaire de l’Organisation des nations unies (O.N.U.) son secrétaire général, U. Thant, avait invité le Pape Paul VI à venir s’exprimer devant les représentants de toutes les nations membres de l’O.N.U.; le 4 octobre 1965, le Souverain Pontife avait prononcé ces paroles:
« Il suffit de rappeler que le sang de millions d’hommes, que les souffrances inouïes et innombrables, que d’inutiles ruines sanctionnent le pacte qui vous unit en un serment qui doit changer l’histoire future du monde : jamais plus la guerre, jamais plus la guerre . C’est la paix, lapaix qui doit guider le destin des peuples et de toute l’humanité! »
Les hommes de bonne volonté, qui aspirent à vivre dans un monde de concorde, de justice et de fraternité ne peuvent que souscrire à ces propos de sagesse. Cependant, l’histoire postérieure au discours du Pape montre que de nombreux pays ont recouru à la force et qu’au début du troisième millénaire bombardements, guérillas, génocides, déportations et exodes de populations, mutilations et morts demeurent dramatiquement actuels.
A l’occasion de conflits récents, la France n’a pas ménagé ses efforts, en fournissant à l’O.N.U. ou à l’OTAN des détachements de soldats destinés à contribuer au rétablissement de la paix et à la lutte contre le terrorisme, le rôle défensif traditionnel de l’armée française s’est enrichi du souci d’œuvrer, avec d’autres armées nationales, à l’arrêt des combats dans les pays qui en sont victimes, dans le but d’y restaurer des conditions normales d’existence pour les populations éprouvées; ces missions confiées à une armée strictement neutre vis-à-vis d’un régime politique issu de la volonté populaire, sont le gage d’une institution militaire de qualité; cette institution ne saurait pourtant être idéalisée. En effet, si l’instrument de défense que possède actuellement la France correspond à ce critère de valeur, il ne l’a pas toujours historiquement été. Ainsi, par exemple, la IVème République génèrera une situation en Algérie qui aboutira, d’abord à une politisation d’une partie de l’armée puis à sa subversion: persuadée de détenir la vérité, elle se laissera aller à des abus dont la phase finale sera l’Organisation de l’armée secrète (O.A.S.) et le putsch d’Alger; certes, de telles déviations peuvent se produire en l’espèce mais la vigilance et la fermeté des responsables politiques peuvent les éviter; en outre, le bilan des armées des pays démocratiques depuis la première guerre mondiale est suffisamment positif pour que leur soit désormais accordée confiance.
D’ailleurs, sans l’armée, qu’aurait été la France, dont le général de Gaulle écrit qu’elle « fut faite à coups d’épée »? De l’Ost à la professionnalisation de l’ensemble des forces de défense annoncée le 28 mai 1996 par le président de la République Jacques Chirac , c’est la même réalité qui a contribué à construire la nation française; cette réalité est aujourd’hui un vaste ensemble de moyens humains et matériels destinés à assurer les missions dont il a été précédemment question; ces dernières nécessitent d’une part une grande faculté d’adaptation mais également une soumission sans faille des personnels à la hiérarchie et, d’autre part, une diversification sans égale : non seulement des armes, aux mille spécialités, mais aussi des services où se retrouvent pêle-mêle aumôniers et cuisiniers, magistrats et armuriers, ingénieurs et transmetteurs, médecins, mécaniciens, maîtres tailleurs et maîtres-chiens; ces métiers ne sont pas un luxe que s’offre l’armée mais un besoin car, pour intervenir rapidement et efficacement, en des lieux parfois hostiles, elle doit avoir une grande autonomie d’action et pouvoir disposer immédiatement de la maintenance et de l’intendance utiles à la réussite de ses opérations.
Les aumôniers sont l’une des fonctions dont ont besoin les forces armées; d’aucuns pourraient effectivement penser que celles-ci ne devraient pas s’encombrer de tels personnels apparemment superflus; à cela il est possible d’objecter que l’histoire, confirme leur présence auprès des soldats depuis les premiers siècles de notre ère et que les militaires doivent être en mesure de pratiquer leur religion malgré les contraintes souvent importantes de leur métier, dans le cadre même de celui-ci; de plus, ils choisissent de se mettre au service de leur pays en dépassant leurs intérêts personnels; ils doivent se préparer à vivre des situations exceptionnelles, en particulier lorsqu’ils sont confrontés à la détresse extrême et à la mort; cette spécificité est la principale raison d’être de l’aumônerie militaire.
Du reste celle-ci, protégée par la Constitution de la Vème République qui affirme que la France « respecte toutes les croyances » , est fondée sur des textes législatifs et réglementaires de la République qui permettent aux cultes catholique, protestant, juif et musulman d’être intégrés dans les armées; les autres cultes sont traités comme l’Eglise catholique, même s’ils ont moins d’aumôniers à cause du moins grand nombre de fidèles se réclamant de leur communauté; si l’on en croit un document transmis par l’aumônerie israélite des armées, les aumôniers de ce culte apparaissent officiellement en 1874(1) avec, semble-t-il, les aumôniers protestants. De fait, la Loi sur l’organisation du service religieux dans l’armée de terre du 20 mai 1874 dispose en son article 6: « Une commission mixte, nommée par les synodes de l’Eglise réformée et de l’Eglise de la confession d’Augsbourg, sera chargée de présenter à la nomination du ministre et pour la durée de la guerre, le nombre d’aumôniers nécessaires pour assurer le service de leur culte. Le consistoire central israélite sera également chargé, en temps de guerre, de s’entendre avec le ministre de la guerre pour assurer le service religieux des militaires de ce culte »(2)
Les textes postérieurs sont communs aux trois, puis aux quatre confessions qui relèvent actuellement, pour leur gestion administrative, de la direction centrale du service de santé des armées; chaque aumônerie n’en est pas moins indépendante pour ce qui est de ses activités pastorales mais il n’est pas rare qu’elles collaborent au plan local pour permettre à chacun de vivre au mieux sa foi.
sont implantés dans les forces armées françaises mais théoriquement I’Etat accorderait, au culte qui en ferait la demande, au nom des principes nés en France de la loi du 9 décembre 1905 sur la séparation des Eglises et de l’Etat, des facilités proportionnelles au nombre de ses fidèles; d’ailleurs, la circulaire ministérielle du 23 septembre 1967 émanant du ministre de la fonction publique, de la réforme de l’Etat et de la décentralisation rappelle aux chefs de service qu’ils peuvent accorder aux agents qui désirent participer aux cérémonies célébrées à l’occasion des principales fêtes propres à leur confession, les autorisations d’absence nécessaires, dans la mesure toutefois où leur absence demeure compatible avec le fonctionnement normal du service. En ce qui concerne l’assistance spirituelle des militaires prise en charge par le culte catholique et, probablement aussi, par le culte protestant, elle correspond à un souci traditionnel de l’Eglise d’être présente aux côtés des militaires afin de les soutenir dans leur vie chrétienne, aussi bien en temps de guerre qu’en période de paix. Du reste, ce ministère a été facilité voire même encouragé par les autorités civiles et militaires dans la plupart des pays.
L’institution de l’aumônerie militaire a une longue histoire; elle remonte aux origines du christianisme; il est d’ailleurs vraisemblable qu’elle diffère d’un État à l’autre selon l’évolution propre à chacun; le souci commun des cultes et de l’Etat est d’organiser à la fois sur le plan cultuel et sur le plan civil en recherchant un consensus entre les lois propres à chaque culte et les lois françaises.
PS. L’aumônerie musulmane des armées a été créée par Madame Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, le 18 mars 2005.
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